« Le corps et l’eau », une exposition photographique de Gil Rigoulet

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Photographe expérimenté, reporter, journaliste, Gil Rigoulet a choisi à présent le chemin d’un travail artistique libre. Il présente une sélection de photos autour du corps et de l’eau parmi ses archives. La galerie Hegoa accueille cette exposition qui rassemble des photos de trente années de travail, une période de trois décennies de travail, du 23 mars au 30 avril 2018.

Riche de ses expériences, Gil Rigoulet commence sa carrière dans la presse en 1975 et devient quelques années plus tard le premier photographe attitré du journal Le Monde. Il y reste de nombreuses années et y fait des rencontres incroyables. Il collabore notamment avec Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Christian Caujolle.
Ce dernier l’invite à participer à l’exposition collective « Vivre en maillot de bain », en compagnie de grands noms de la photo comme  Joseph Koudelka, Marc Riboud, Claude Nori, William Klein, Helmut Newton, Jean Loup Sieff, Jacques-Henri Lartigue, Mary Ellen Marck…

Ses travaux de commande sont aussi importants que ses photographies personnelles où il porte un regard intrusif parfois, prenant spontanément des scènes en photo, des actions, des corps. Le noir et blanc est quelque fois choisi pour plus d’intensité et correspond à une période bien précise. La photographie devient un témoignage, une part d’histoire est racontée.

Les sujets de ses œuvres sont très variés. Gil Rigoulet développe un travail d’auteur en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. «Street Photography», puis «Paysage en mouvement», une réalisation sur de nombreuses années de photos de paysages, exposée sous le titre « Carnet de voyage » pour Louis Vuitton au Bon Marché, en 2004. C’est un aventurier dont la photo témoigne de tous ces instants de découvertes.

«Polaroid 665», est un projet photographique, réalisé en noir et blanc où il solarise les négatifs, exposé au Museum d’Histoire Naturelle à Paris, à la Galerie photo Verdeau, en 2012. L’exposition se poursuivra dans d’autres lieux parisiens.

Il réalise une expérience avec la série « Transparences », une série sur le verre en polaroid non fixé, exposée au « 19PaulFort » et à la galerie Gustave, en 2014.

La piscine est un thème qui reprend des moments historiques de la piscine Molitor à Paris, en 1985. On peut y voir encore aujourd’hui de grands formats à l’hôtel. Le livre photographique est édité en 2015 Gil Rigoulet-Molitor85, éditions The ( M ).

Il aborde un thème différent avec le livre Rockabilly 82, édité chez André Frère.

Sous un autre angle, les photos d’Angleterre des années 70-80, exposées à la galerie 247, en juillet 2016. « Mes jours » est le dernier livre-objet, publié aux éditions The « M », une série réalisé avec La série Polaroid 665, où l’on voit le changement de l’image par l’oxydation, des photos conservées durant 13 ans et ressorties aujourd’hui.

Parmi tous ses travaux de commandes et ses projets artistiques,  il collabore aussi avec la creatrice Dorothée Goroneskoul, « DO », pour une série de photos de maillot, toujours à la piscine Molitor. (www.do-paris.com)

« Le corps et l’eau », témoigne du style propre au photographe qui a choisi pour l’occasion, environ quatorze images de la piscine Molitor, une vingtaine de la série « Corps et eau » et des boîtes contenant des polaroids. Les photos sont uniques, et témoignent d’une époque où Gil a photographié, sans véritable autorisation les gens en mouvement. Une idée de génie qui serait difficilement réalisable aujourd’hui. Proximité, sensualité, effet de relief, mouvement de l’eau, il a su choisir le bon angle photographique et a travaillé sur l’instant, avec réflexion et application. Rien n’était programmé. Toutes ses photos sont empreintes de vérité et de spontanéité avec un esthétisme soigné.

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(GR, Le corps et l’eau, mer)

 

Interview de Gil Rigoulet

-Comment avez-vous commencé la photographie ? Est-ce au départ, une véritable passion, une révélation ?

GR : A la base, je voulais être peintre ou dessinateur. J’ai préparé des concours dont les Arts appliqués. J’ai échoué. La reproduction des couleurs était une difficulté pour moi. Je me rendis compte que j’étais daltonien, ce qui m’a fermé de nombreuses possibilités. Très marqué, je n’imaginais rien d’autre à l’époque.

Je me suis rabattu sur la photographie. Avec mon appareil photo, j’ai commencé à m’intéresser à l’image. Ce médium m’a permis de m’exprimer. J’ai tenu la rubrique Sport d’un journal. Puis j’ai construit de petits sujets. Les années 70 marquent une époque très politisée. Les jeunes s’intéressaient beaucoup au social, à la politique. J’ai ainsi beaucoup travaillé sur la rue.  Mes amis étaient sensibles à un regard sur la société, ce qui a orienté mon travail sur la condition humaine. J’ai développé cette photo humaniste avec un regard très construit sur des faits précis, avec humour, ce qui n’est pas habituel pour la photo de rue. Cette étape de ma photographie s’est portée sur tous les continents, de l’Asie au Canada.

Parallèlement, j’ai développé, une photographie esthétique où j’apprenais à me connaître, à reconnaître ma sensibilité.



-Vous participez très vite à différents événements, qui font de vous le témoin d’une époque : la piscine Molitor, le Rockabilly….Que vous a permis jusqu’à aujourd’hui la photographie (avec le recul sur vos expériences)?
Comment envisagez-vous ce support de communication ?

GR : Il y a une logique. J’aime particulièrement nager. Depuis tout petit, l’eau est mon élément. J’ai donc développé un travail sur les piscines. J’allais à la piscine d’Evreux, retrouvant des copains. A l’époque, c’était un lieu de rencontre. J’ai commencé à faire des photos autour du bassin, avec un Nikon normal. Un jour, un copain a apporté un baroudeur Fujica, un petit appareil photo qui va dans l’eau. Je l’ai testé et conservé. J’ai fait des photos sous l’eau, dans le bassin et au-dessus. J’ai ensuite approfondi ce travail passionnant, prenant des photos de piscines parisiennes et aussi à l’étranger. Ce monde de l’eau me fascine, je lui porte un regard personnel. Je compte différentes étapes  et différentes consciences. Une étape sociale, de la vie d’un bassin, d’une esthétique et d’une certaine construction par rapport à l’eau qui est plus dans l’émotion. Cette série se construit comme une recherche qui évolue avec le temps. J’ai appris à lier ces images.

Ces photos de Molitor sont le reflet d’une époque. Puis, j’ai poursuivi  avec différents sujets, n’oubliant jamais l’eau. J’ai tenté les polaroids. Je continue sur ce thème, travaillant avec un modèle. Mon travail actuel devient pictural. Voilà ma revanche sur le daltonisme. Ces photos sont un témoignage extrêmement rare car totalement interdit aujourd’hui. La photo devient ici un moyen de communication, un témoignage. A l’époque, les femmes avaient les seins nus. Les libertés ont fondu.

Ma vie est consacrée aux expositions, aux livres, aux projets.



-Des idées fameuses, des photos prises sur l’instant,  quelles différences faites-vous entre vos travaux de commandes, les reportages par exemple et vos travaux personnels ?

GR : Lorsque l’on commence la photo, être photographe au journal Le Monde est assez flatteur. J’avais avec le grand format du journal, les plus grandes photos en taille de la presse française. Grands reportages, Elle, Géo, Sunday Times, La Republica, La Stampa,El Pais…sont de beaux magazines qui m’ont apporté une notoriété professionnellement et m’ont permis de découvrir différents univers. Être reporter pour la presse est une sacrée expérience. La presse pour laquelle j’ai commencé à collaborer  était encore gérée par des gens de presse. Petit à petit, ces groupes de presse ont été rachetés par des financiers. Le changement m’a troublé. Je ne voyais plus l’intérêt de faire des photos. Les travaux de commande sont devenus trop codifiés.  La photographie doit entrer dans un moule, préétabli. Je n’ai plus aimé cette façon de travailler. J’ai donc arrêté pour me consacrer à mes travaux personnels, à ma photographie. J’ai énormément d’archives et je m’en occupe actuellement. J’ai voulu être totalement libre. Le regard n’est jamais le même. Il faut laisser une porte ouverte, le regard doit être libre pour entre dans un dialogue visuel authentique.

-En noir et blanc ou en couleur, selon vous qu’apporte le cadre à la photo lorsque vous focalisez sur un objet ou une partie du corps ? Pensez-vous à un esthétisme particulier donné par ce choix de cadre (cadrage photo) ?

GR : Je pense qu’il faut que le cadre soit épuré et aller aux lignes de tension les plus fortes. Cela va servir le propos. Le cadre a toute son importance. L’œil du photographe est une porte ouverte qui facilite le regard du spectateur. Il va au-delà de la photographie, entraine un sentiment. Dans les années 70, le cadre était extrêmement important.  A cette époque, j’étais sous cette influence. Il faut savoir cadrer, capter mais ne pas s’enfermer. Avec le temps, j’ai compris  que ma motivation pour la photographie venait d’une émotion, d’un cadrage simple avec quelques lignes fortes. Le cadrage doit être épuré. Aujourd’hui, je maîtrise cet exercice. Ce qui rend la photo plus simple à lire, sans que la construction photographique soit trop visible. Les photographies sont construites mais ce qui compte c’est cette facilité pour le spectateur à être tout de suite dans l’image.

-Comment avez-vous sélectionné  les photos pour cette exposition « Le corps et l’eau » ?

GR : Cette sélection des images a été faite avec quelque chose de moins social et de plus esthétique. Le thème est vraiment l’eau, cette matière qui transforme  quelqu’un. Un corps dans l’eau est différent. Je suis rentré dans une certaine esthétique. Mes propos sont moins sociologiques. La difficulté tient au fait que c’est un travail sur 25 ans et que tout a évolué. Je montre simplement un début.

-De nombreux livres photos publiés, pensez-vous à un prochain ouvrage?

GR : Effectivement, des livres photographiques ont été publiés, dont

Livre d’artiste, Gil Rigoulet – Molitor été 85, Editions The (M). 2015.

Mes photographies sur la piscine sont sociologiques. Je veux donner à voir une recherche, un monde plus contemplatif. Sous l’eau, le corps est différent. L’interprétation est quelque part changée, troublée par ce mouvement de l’eau.

J’aimerais réunir toutes ces étapes dans un nouveau livre. Tout n’est pas visible au premier regard, il faut du temps pour dompter cette vision dans l’eau.

« Le corps et l’eau », sera peut-être publié sous forme de livre-objet, par la maison d’édition The (M ). J’accorderai pour cet ouvrage une attention particulière au papier. Il devra apporter une transparence. La sélection sera principalement orientée sur l’esthétique. Un ouvrage « Le corps et l’eau », livre d’artiste.

 

Le Corps et l’eau,

Exposition photographique de Gil Rigoulet

 téléchargement

A la Galerie Hegoa

Du 23 mars au 30 avril 2018

Vernissage le 22 mars 2018, 18h30-21h30

 

16, rue de Beaune, 75007 PARIS

contact@galeriehegoa.com

 

Le livre Rockabilly 82, Editions André Frère. 2016, Les éditions anglaises Café Royal Books publient 3 Zines sur l’Angleterre. 2017, Les livres-objets en leporello, “Mes jours” et “Mes nuits”, (Polaroid 665), Editions The(M). 2017, Le Zine “Reading 78”, Editions de l’Oeil – novembre 2017,

www.galeriehegoa.com

http://www.do-paris.com

 

 

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(GR, Le corps et l’eau)

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Catégories :Culture, Musique

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